Top 2015 – Reno – Albums

On m’aurait posé la question cet été que j’aurais répondu que 2015 avait démarré un petit peu lentement musicalement parlant. En dressant aujourd’hui ma liste de fin d’année, tant albums que singles, je suis obligé de constater que c’était probablement moi qui étais un peu lent. Encore un superbe cru avec de belles nouveautés (Algiers, Girl Band, Viet Cong), de belles confirmations (Braids, Ought, Protomartyr) et des grands albums d’artistes fermement établis (Sufjan Stevens, Jean Leloup, Jack White). Ces dernières années j’avais pris l’habitude de mettre autant d’albums dans mon top que les deux dernières décimales de l’année (Top 13 2013, Top 14 2014), mais je n’arrive pas a limiter a 15 cette année, j’ai une liste de 16. Tant pis. De toutes façons ce concept n’était pas soutenable a long terme.

Les albums sont présentés dans l’ordre alphabétique et non dans l’ordre de préférence. C’est sur que c’est moins racoleur qu’un palmarès décroissant et que ça limite la possibilité pour les labels d’imprimer des étiquettes “Album n1 de l’année  -Tirez (pas) sur le pianiste” pour mettre sur les disques mais ça me correspond mieux. Et vu que c’est mon palmarès, c’est moi qui décide. Les labels intéressés sont encourages a tous s’autoproclamer numéro un.

https://play.spotify.com/user/tirezpassurlepianiste/playlist/5ZH8ieWIvmA6XSyMTXEZLI

Algiers – Algiers

Issus d’Atlanta et non du maghreg, Algiers melangent le rock indépendant et des éléments de soul et gospel, et n’est pas sans rappeler par moment ce que faisaient les New Yorkais de TV on the Radio ou bien encore ce qu’aurait pu devenir Bloc Party s’ils n’étaient pas partis coloniser les dance floor (en consultant le wiki de ce groupe a l’instant je me rends compte que l’ancien batteur de Bloc Party joue maintenant avec Algiers, amusant). Le groupe a sorti son 1er album en 2015 mais ils jouent en fait ensemble depuis 2007. La voix puissante et passionnée du chanteur est souvent franchement guerrière, comme s’il menait une charge. Des titres comme “Black Eunuch” puisent d’ailleurs allègrement dans le blues révolté avec sa rythmique de tapement de mains et cris distants. Passionne, varie et fascinant, sans hésitations un de mes albums de l’année.

Badbadnotgood & Ghostface Killah – Sour Soul

Album “wigger” de l’année pour moi. Issu d’une collaboration entre le groupe de jazz/electro de Toronto BadBadNotGood et nul autre que Ghostface Killah du Wu-Tang Clan. On n’entendra peut-être jamais l’album concept du Wu-Tang vendu cette année en un unique exemplaire a un connard mais quelque chose me dit que ceci est bien meilleur. A l’écoute, c’est comme si BBNG & Ghostface s’étaient mis au défi de faire une bande originale pour un Tarantino. La musique jazz enfumée qui sert de toile de fond aux tirades de Ghostface rappelle la belle époque des Roots de Questlove ou encore du Wu lorsqu’ils s’approvisionnaient en samples dans les vieux singles de Stax/Volt. Ghostface lui même n’est pas toujours très inspire dans ses textes, mais ne tombe pas non plus dans les cliches gangsta ou misogynes qui peuvent énerver. Collaboration réussie,

Braids – Deep in the Iris

Grand fan du premier album de Braids, qui rappelait alors les bons moments d’Animal Collective et fut en quelque sorte la bande originale de mon arrivée a Montréal, je n’avais pas accroche a leur 2e opus Flourish/Perish. Ils fleurtaient alors un petit peu trop avec l’electro a mon gout (qu’ils ont depuis plus qu’approfondi dans le projet Blue Hawaii), mais nous sont revenus cette année avec leur meilleur album a ce jour, parfaite fusion de tout ce qu’ils ont fait a ce jour. “Miniskirt”, le single phare de l’album, est un triomphe. Le genre de chanson tellement immense qu’elle fait de l’ombre au reste de l’album, pourtant excellent. Évoquant le ras le bol d’une femme dans une société macho, la chanteuse n’a jamais parue aussi confiante et directe. Son chant s’est également beaucoup amélioré, fini les cris que l’on pouvait retrouver sur le 1er album (et qui en faisaient aussi le charme), place a un chant tout en vocalises (“Taste”) et entièrement maîtrisé. Un album qui mérite vraiment qu’on s’y attarde après la claque initiale de “Miniskirt”, dans lequel chaque chanson trouve son apporte son lot de trouvailles mélodiques et rythmiques.

Chelsea Wolfe – Abyss

Encore un excellent album pour celle que j’ai pris l’habitude de surnommer “la reine de la fête” (je rêve de la voir un jour sur un plateau télé, introduite par Patrick Sébastien), et ce n’est pas cette fois qu’elle a décidé de briser son image. Ambiances sombres donc, guitares bruyantes, percussions lentes et puissantes (écoutez les premières notes de “Carrion Flowers” par exemple) et sa voix unique. C’est d’ailleurs cette contradiction entre sa voix magnifique et pure et les instrumentations lourdes qui créent d’ailleurs ce son unique. Abyss est probablement son album le plus lourd depuis ses débuts, ce qui ravira les fans de métal qui semblent s’être épris de Chelsea au vu du public que j’ai pu observer lors de ses concerts et perturbera les fans de “Songs from a Room”. A la différence prêt qu’elle ne se sent plus obligée de noyer ses mélodies sous un déluge de distorsion (ce qui habituellement, on va bien se l’avouer, ne me déplaît pas du tout ). Elle assume tout, comme le montre “Iron Moon”.

Desaparecidos – Payola

10 ans qu’on attendait un nouveau Desaparecidos. 9 ans qu’on attendait que Conor Oberst retrouve ses couilles (dont la disparition fut signalée autour de la sortie de “I’m Wide Awake It’s Morning” de Bright Eyes). 7 ans qu’on attendait qu’il oublie enfin ses conneries de trucs country (“Cassadaga” et ensuite). Je suis bien sur d’extrêmement mauvaise fois puisque Conor Oberst a fait pleins de bonnes choses ces dernières années et les derniers albums de Bright Eyes contenaient de tres bons moments… mais reste qu’il semblait avoir perdu sa fougue en chemin, et que les meilleures chansons de Bright Eyes c’était celles ou il était en colère. Et bien je peux vous rassurer, Conor a les boules sur cet album. Il est pas mal fâché. Les politiques, les banquiers, les hommes d’affaire, les militaires, la société de consommation s’en prennent tous pleins la gueule sur un fond de pop/punk tout droit sorti des années 90s. Alors oui bien sur cela sonne un peu date, l’intégrité est parfois un peu discutable, le propos parfois un peu simpliste, mais putain ça fait du bien.  Parfait pour mes pogos et crowd-surfs de trentenaire.

Girl Band – Lawman EP / Holding Hands With Jamie

Ma plus grosse claque musicale de l’année, sans aucun doute ma chanson de l’année, c’est “Lawman” de Girl Band. Sortie en 2014 je l’ai découverte sur l’EP éponyme de 2015. Une guitare passée dans tellement de pédales d’effet qu’il ne reste rien de naturel, un rythme militaire, un chanteur sachant a peine chanter mais passe maître dans le chant-parle et le cri (et ayant probablement regarde beaucoup de vidéos de Joy Division), et un enregistrement minimal. Leur premier album “Holding Hands with Jamie” est une écoute très difficile, inconfortable mais fascinante, avec des moments de génie ou l’on remonte a la surface comme “Paul” et “Pears for Lunch”, entrecoupes de chansons complètement dépravées comme “Fucking Butter” . Il semblerait malheureusement qu’il y ait des problèmes de sante mentale la-derrière, ce qui les a amenés a annuler une tournée Nord-Américaine dont je me réjouissais. En espérant que le groupe survivra a cela et une reprogrammation en 2016…

Jean Leloup – A Paradis City 

Peu connu en dehors des frontières du Quebec, Jean Leloup est une véritable institution dans la belle province. Je l’apparente souvent a une sorte d’Alain Bashung, un gars qui a toujours erre entre le succès commercial et la scène expérimentale, enchaînant les albums populaires avec des albums concepts. Je ne prétendrai pas connaitre toute son oeuvre, juste quelques morceaux, cet album me sert de porte d’entrée dans sa discographie. Ecrit sur une période de 10 ans et abordant tant ses difficultés de sante mentale (tiens, en v’la un autre) que le fait de vieillir, A Paradis City est un très bel album, remplis de titres au rock accrocheur (la chanson titre, par exemple) et de titres plus poétiques comme “Les bateaux”, dont les enregistrements de conversation téléphonique/messagerie prennent a la gorge.

John Grant – Grey Tickles, Black Pressure

Album ovni. Passe une introduction rapide, la première phrase de l’album chantée d’un ton monocorde donne le ton “I did not think I was the one being addressed,in hemorrhoid commercials on the TV set”. Sauf que le propos devient vite plus profond, et qu’il aborde en réalité ses difficultés a vieillir et la manière dont ses propres malheurs sont rendus caduques par le fait qu’il y ait des enfants atteints de cancer. L’album est un mélange imprévisible de constats sur le monde (“Global Warming”), de textes très personnels, de tentatives pop/funk (“Voodoo Doll”), de tubes cold-wave annees 80 (“Black Blizzard”) d’expérimentations électroniques qui partent en vrille (“You and Him” et son refrain mémorable “You and Hitler ought to get together, learn to knit and wear matching sweaters”)… La constante a travers l’album est toujours l’humour, qu’il passe par son usage parfois ridicule du synthétiseur, ou sa manière de tourner en ridicule nos craintes et réflexions intérieures face aux événements du monde.

Ought – Sun Coming Down

Pas ausssi accrocheur que son prédécesseur a la première écoute (un de mes albums préférés de 2014), “Sun Coming Down” se révèle au fil des écoutes. Toujours un savant mélange de Television et Talking Heads (“Beautiful Blue Sky” fait d’ailleurs immédiatement penser a “Once in a Lifetime” de Talking Heads dans sa manière d’énumérer les conforts, les banalités et dérives de la vie moderne), ce nouvel opus laisse une impression d’urgence plus prononcée. Le rythme s’est accéléré, peut-être le résultat des tournées incessantes (je pense qu’une partie de l’album a d’ailleurs été écrite sur la route) et le chant est plus frénétique. Ce n’est pas avec cet album qu’ils se détacheront de leurs influences évidentes, mais c’est a nouveau très réussi et maîtrisé. De plus, le groupe est une valeur sure en spectacle. I am no longer afraid to dance tonight, cause that is all that I have left. Yes. Yes!

Protomartyr – The Agent Intellect

Tout comme Ought, Protomartyr était également présent dans mon top de l’an passé, et tout comme Ought ils ont encore livré un excellent album. Voici un groupe qui tout en ne changeant presque en rien sa recette d’un album a l’autre, parvient a monter en puissance a chaque album. Le son n’a pas change si ce n’est que le chanteur semble plus confiant, s’écartant plus souvent du “chanter-parler” qui le caractérise pour tenter un véritable chant (“The Devil in his Youth”) et les chansons se sont un peu allongées (la moitie fait plus de trois minutes maintenant) . L’urgence des instruments couplée a la nonchalance de pilier de bar du chanteur restent les ingrédients principaux d’une recette efficace. Si vous aviez aimer “Under Color of Official Right”, foncez.

Public Service Broadcasting – The Race for Space

Décernons immédiatement à “Gagarin” le prix du meilleur clip de danse depuis Christopher Walken dans le “Weapon of Choice” de fatboy Slim. Simplement fabuleux.

Public Service Broadcasting est un duo instrumental qui puise principalement dans le rock et le funk (attention, grosse utilisation de cuivres!) s’aidant d’extraits radio/télé historiques afin de raconter une histoire. “Race for Space” relate chronologiquement les principaux faits de l’histoire de la conquête spéciale, depuis Sputnik jusqu’à Apollo 17 (en laissant curieusement de cote Apollo 11). Naviguant entre des morceaux dansants (“Gagarin”, “Go”) et des morceaux planants (“Valentina”) le groupe parvient a maintenir l’attention de l’auditeur au fil des histoires. Particulièrement frappant, “The Other Side” relate l’histoire d’Apollo 8 (qui fit le tour de la lune) et liant réellement la musique et l’histoire, si bien qu’on ne peut s’empêcher de jubiler au moment ou la mission spatiale reprend contact avec Houston après un silence pesant et que la musique explose. C’est le deuxième album de PSB (et le 1er que j’écoute) et c’est difficile de savoir s’ils parviendront a se renouveler a long terme, mais pour l’instant savourons cet album.

Sufjan Stevens – Carrie & Lowell

Que dire qui n’a pas été dit sur cet album. La musique est magnifique, et les paroles, lorsque l’on s’y plonge sont déchirantes. Sufjan laisse ici de cote toutes ses expérimentations électroniques a la “Age of Adz” (que j’ai adore) pour revenir a un son beaucoup plus spartiate qu’on n’avait plus entendu depuis “Seven Swans”. Il y relate la relation de sa mère Carrie, souffrant de trouble bipolaire, et de son beau-père Lowell, de la fois ou sa mère l’a abandonne, et de son décès il y a quelques années. Il se glisse dans la peau de sa mère, pour essayer de justifier ses actions, s’expliquant a lui-même, dans ce rôle, le pourquoi et le comment tout en utilisant tous les mots tendres et petits surnoms qu’elle lui prêtait. Difficile de rester insensible a une écoute attentive. Un album qu’il faudra du temps a absorber.

The Dead Weather – Dodge and Burn

Ne tournons pas autour du pot, “Dodge and Burn” est le meilleur album de Jack White depuis des lustres. Je dirais probablement depuis “Broken Boy Soldiers” des Raconteurs en 2006. Je ne compte pas les albums live (“Live at Bonnaroo” sorti en 2014 était excellent). La collaboration avec Alison Mosshart des Kills, qui avait déjà eu de bons moments, prend enfin tout son sens. Hargneux et sexy, on y retrouve une foule de gros riffs avec le son de guitare qui le caractérise pris au bond par la voix d’Alison. Toutes les pistes ne sont pas exceptionnelles, mais compensées par les grands morceaux (“Buzzkill”, “Be Still”), ça fait du bien de le retrouver en forme. Reste juste la plage de clôture, “Impossible Winner”, qui laisse une impression de morceau perdu de Abba et dont on ne comprend pas tellement l’inclusion tant elle dénote avec le reste de l’album.

Torres – Sprinter

Ceux qui me connaissent savent que j’ai un faible pour les femmes avec de grosses guitares électriques (Scout Niblett en tête) et j’avais été charmé par le premier album éponyme de Torres et surtout la chanson “Honey”. Dire que j’attendais cet album avec une certaine impatience serait un euphémisme, et lorsque le premier single “Strange Hellos” est sorti je me suis emballé. Apres un petit passage calme ou elle explique a une prénommée Heather qu’elle est désolée que sa mère ait le cancer du cerveau mais elle la déteste quand même… puis la machine embarque et elle deploie toute sa hargne a la manière d’une Courtney love de la belle époque. Faut pas la faire chier Torres. La suite de l’album est parfois plus calme (malheureusement), mais la ou la dernière fois les chansons plus calmes m’ennuyaient vite, ici elle parvient a maintenir l’intérêt de l’auditeur, explorant son éducation religieuse stricte et ses démons (sur la magnifique “The Exchange” qu’elle a du enregistrer seule dehors au milieu des bruits d’oiseaux car elle ne parvenait pas a la faire devant les ingénieurs dans le studio). La plus belle piste restera la chanson titre “Sprinter”, qui nous révèle du même coup une superbe voix qu’on ne faisait que deviner avant.

Uncle Acid – The Night Creeper

\m/ Black Sabbath sont de retour, ils ont 30 ans de moins et sont fascines de films d’horreur de série Z. J’avais adore Blood Lust en 2012. C’est a peu de choses prêts le même album, mais c’est super bon.

Viet Cong – Viet Cong

Parfois on écoute un album en sachant qu’on devrait l’adorer car ça coche toutes les bonnes cases et pourtant on accroche pas. Parfois on tente une autre écoute du dit album distraitement dans le métro, et toujours rien. On laisse passer des opportunités de les voir en concert. Puis un jour, un iPod en shuffle ressort un morceau et on se dit, putain, c’est quoi ce truc, c’est trop bon. Et la, on se sent con. Ça m’est arrivé de nombreuses fois et voici le dernier exemple en date. Rien de nouveau ici, de grosses influences des habituels larrons de l’underground 70s/80s, avec une petit tour du cote des Swans de Michael Gira (“Newspaper Spoons” en particulier), mais le tout savamment exécuté. Allez, je craque.

Reno

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Amateur de cacophonie et de pop adolescente, de disques vinyles et de chats. Petit, je dressais des listes énumérant tout le mal que le Canada et le RnB avaient infligés à nos oreilles... puis plus tard je n’écoutais plus que ça. Restons curieux.
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2 comments for “Top 2015 – Reno – Albums

  1. Johnny
    January 7, 2016 at 10:25 pm

    Je trouve que ton top sent beaucoup plus la sueur et le cuir que le mien! Avec moi, Girl Band, Protomotherfuckers et Ought c’était couru d’avance. Dans un autre style, j’accroche bien à Badbadnotgood et Sufjan Stevens. Avec Uncle Acid je vais pouvoir satisfaire mes pulsions macabres en 2016, et laisser Alice Cooper se reposer.
    Merci!

  2. Piet
    May 28, 2016 at 11:48 pm

    Jean Leloup ca cartonne!! Suis entrain d’écouter la chanson Willie.
    “A toi ma bouteille de whisky, je te legue mes fucking souci. J’ai rate ma vie..” c’est cool comme meme.

    Piet

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