All posts by Johnny

Amateur de cuir et de sueur, de bruit et de silence, de voyages acoustiques et de violence harmonique. J'aime aussi le cinéma qui ne parle pas et celui qui parle beaucoup, les images qui interrogent et la littérature qui fait mal aux yeux.

Top 2017 – Johnny

Il semble qu’au fil des années, mes tops se fassent de moins en moins rock. Pourquoi? Comment? J’ignore de le savoir.
Néanmoins, voici ma selection 2017, de ce qui m’est resté collé au fond des oreilles, mon cérumen musical grand cru, mélange d’époques et de styles.

1. Odezenne – Dolziger Str. 2 (2015)

Avec un peu de retard, et grâce à Pierre, j’ai pris la claque Odezenne. Des textes cryptiques, des successions d’images poétiques et sales, un phrasé haché, une instrumentation éclectique, une énergie et des clips superbement esthétiques. Un groupe totalement à part, qui surprend à chaque mot, à chaque note. J’en veux encore et encore.

Souffle le vent : pour avoir envie de vivre à 200 à l’heure, sans jamais s’arrêter et sans jamais réfléchir.


Vilaine : j’suis pris dans un vortex/il me manque des bouts d’texte/mon alcool colle au sol…

2. Dominique A – La musique (2009)

J’avais complètement loupé cet album, trouvé au Pèle Mèle, sublime du début à la fin, comme toujours avec Dominique A. Combien de fois je l’ai écouté? Cent fois peut être? Mélange de beauté, de mélancolie, de voyage. Du Dominique A, toujours le même et toujours renouvelé.

Le sens : première plage de l’album, sur un beat sobre, on aborde le sens de la vie.


Nanortalik : peinture romantique d’une petite ville du Groenland

3. Dick Annegarn

Sans conteste, le concert de l’année. Matthieu et Sylvain confirmeront. Sincère, drôle, sobre et original. Mention pour l’ensemble de son oeuvre, comme on dit. Est-ce de la musique ou de la littérature? Si tous les Francophones maîtrisaient la langue française comme ce Hollandais, on passerait notre temps à causer pour le plaisir, et on ne ferait plus rien.

Au marché des mendiants : extrait de son dernier album


Brahim Alham : le moment fort du concert, sans instrumentation

4. Nathy Peluso – Esmeralda (2017)

Hip hop aux influences multiples, en Espagnol, mais faut s’accrocher pour comprendre ne serait-ce qu’un mot. Elle mène sa musique comme elle l’entend, en dehors des conventions. Iconoclaste va!

Corashe : de la peur de faire face à une femme en colère


Esmeralda : WTF???


Sandia : estoy chilling desnuda, cortando sandia, pourquoi pas

5. Francesco de Gregori – Alice non lo sa (1974)

Un album culte de chanson italienne, pour les amateurs de la langue.

Alice non lo sa : ne pas faire attention aux décors Pascal Sevran.

6. Future Islands

J’étais complètement passé à côté de Future Islands et de sa grosse ligne de basse années 80, et de son chanteur enthousiaste. Que de temps perdu. Ca met une pèche d’enfer.

Long Flight : regardez moi ces rockers qui se trémoussent


Ran : extrait du dernier album

7. Baïkonour – EP (2017)

C’est pas tous les jours qu’on a un pote qui réalise un beau petit EP comme ça. Pierre à l’écriture et à la composition, et la voix chaude de leur chanteuse. C’est doux comme une caresse.

Change Rien :

8. Ry Cooder & V.M. Bhatt – A meeting by the river (1993)

La collaboration américano-indienne, pour les oreilles voyageuses.

Quelques autres morceaux qui valent la peine d’être explorés.

1. Aldous Harding – Horizon : Une petite découverte néozélandaise du festival Feeerieen. Tous les morceaux ne se valent pas, mais celui ci est exceptionnel d’intensité. Et sur cette vidéo, comme dit Lio, c’est la plus belle imitation de Robert de Niro.

2. Taj Mahal – Queen Bee : Quand la vie est douce comme un pot de miel

3. Feu! Chatterton – Souvenir : Premier extrait très prometteur du nouvel album à paraître. Le chanteur un peu plus dans la retenue.

4. Rosalia – Aunque es de noche & Catalina : La voix et la passion d’inspiration flamenco. La voix qui brûle, qui brûle, qui brûle.

5. Robert Wyatt – Sea song : Juste envie de repartager ce petit chef d’oeuvre, en mettant l’accent sur la beauté du texte.

You look different every time you come
From the foam-crested brine
It’s your skin shining softly in the moonlight
Partly fish, partly porpoise, partly baby sperm whale
Am I yours? Are you mine to play with?
Joking apart, when you’re drunk you’re terrific when you’re drunk
I like you mostly late at night you’re quite alright
But I can’t understand the different you in the morning
When it’s time to play at being human for a while, please smile
You’ll be different in the Spring, I know
You’re a seasonal beast like the starfish that drift in with the tide, with the tide
So until your blood runs to meet the next full moon
You’re madness fits in nicely with my own, with my own
Your lunacy fits neatly with my own, my very own
We’re not alone

6. Tinariwen – Sastanàqqàm : le bon rock touareg

Sliding Flora

Avez-vous 12 minutes 32 secondes devant vous?
Alors, il faut que vous rencontriez Flora. Shibolet en Hébreu.
Shibolet exerce sa maladresse en tant que serveuse en tobogan, dans un café israélien.

C’est un adorable petit désastre qui fait tout de travers et ment de façon si jolie.
Coup de foudre garanti.
Shibolet…

Bonne expérience audiovisuelle à tous

Top 2016 – Johnny

Pour moi, 2016, c’est l’année du recyclage. Surtout des valeurs sûres, et quand même quelques nouveaux venus.
Pas très cuir, mais j’ai reçu quelques gifles musicales quand même, qui j’espère vous feront mal à vous aussi.

Nick Cave & The Bad Seeds – Skeleton Tree

Le film ‘One more time with feeling’ m’a coupé le sifflet. Par contre les morceaux de l’album ‘Skeleton Tree’ présentés dans le film, m’avaient laissé sceptique dans un premier temps, avec des paroles parfois simplistes, comme dans ‘I need you’, avec Nick Cave la voix presque absente, là où il est généralement habité.

Et puis au fil des écoutes, j’ai commencé à accrocher à la fragilité de sa voix, au nouveau Nick Cave :

Beaucoup de noirceur sur l’album évidemment, mais malgré tout, des morceaux comme ‘I need you’ et ‘Skeleton Tree’ respirent un peu plus. Et sur le sublime ‘Distant Sky’, on s’envole carrément, sur la voix de cette chanteuse qui ne manque jamais de me faire pleurer. Déchirant.

Leonard Cohen – You want it Darker

On reste sur du lourd, avec l’album d’adieu de mon chanteur préféré. Après le décevant ‘Popular Problems’, le sombrissime ‘You want it darker’ remplit parfaitement son contrat, avec la voix d’outre tombe de Leonard, et des arrangements minimalistes. La noirceur de l’album malgré tout régulièrement mitigée par la douceur d’un choeur, ou la caresse d’un violon. Une sortie de scène grandiose.

Sisters of Mercy – First and Last and Always

Le groupe des eighties nommé d’après la chanson de Leonard Cohen m’a obsédé par sa noirceur (promis, après j’arrête) et dans le même temps, par son énergie dansante. Attention batterie paf paf typique et lunettes noires.

Adam Green – Aladdin

On passe à quelque chose de plus léger, le merveilleux film en carton d’Adam Green, sur le thème d’Aladdin. Des couleurs criardes, de jolies filles, une imagination sans limite, et sa voix nonchalante. Un de mes meilleurs concert de l’année. Et un de mes films de l’année, pour un film libre et jouissif. Il s’éclate comme Mélies aux premiers jours du cinéma, avant son format actuel. Enfants non admis.

Le film en entier est disponible sur Youtube, ci-dessous :

Angel Olsen – My Woman

En fait, j’écoute surtout en boucle ‘Shut up Kiss me’, et son clip super fun, et le joli visage d’Angel.
Mention spéciale sexy attitude et palme d’or du patin à roulette.
Par contre, en concert, elle m’a un peu cassé les couilles. Billen pourra confirmer.

Chassol – Big Sun

Ma claque de l’année, Chassol, vu aux Feeerieen sur les conseils de Lio et Vainvain. Le film sur grand écran, Chassol et ses claviers, un batteur, et une ambiance de feu, pour une mise en musique du quotidien. Comme Rainman, qui compte tout ce qu’il voit, Chassol met en musique tous les sons qu’il entend. C’est obsédant.
Il faut prendre le temps de rentrer dedans, juste un tout petit effort.

Big Sun à l’Ancienne Belgique :

Indiamore :

Imarhan – Imarhan

Découvert aux Feeerieen également, un groupe de rock touareg qui claque.

La Femme – Mystère

Bon, je n’ai pas vraiment écouté tout l’album, parce qu’ils me gonflent un peu, mais le morceau ‘Où va le monde’ a l’insolence d’un morceau de caca qui brille sous le soleil de l’été. Et ça suffit. Je ne serai plus la bonne poire, c’est sympa comme phrase, non? Palme d’or franchouillarde, faut vraiment boire des demis à 8€ pour faire des trucs pareils.

Simon Joyner – Skeleton Blues

Depuis qu’on a découvert Simon Joyner par hasard à la Médiathèque de Braine, avec l’album ‘Heaven’s Gate’, quand on avait 16 ans, il n’a pas changé. Simple, discret. L’album ‘Skeleton Blues’ sorti en 2006, est au moins aussi mieux que les autres. Enfin, moi j’adore.

Boubacar Traoré – Kongo Magni

Blues Malien bien connu. Ici un petit coup d’accordéon pour Vainvain, en souvenir d’Eleni.

J’ai encore envie d’ajouter un bonus australien :

The Avalanches

Et plus ancien :

RTBF3 – Sensations

Une série de 4 épisodes de la RTBF3/Musique3, qui s’attache à faire apprécier la musique classique aux néophytes.
Fantastique, mais je ne sais pas où vous pourrez le trouver 🙂
Pour compenser, voici la vidéo d’un vieil homme :

Le grand cirque d’Alice Cooper – 21/06/2016

Je l’avais toujours pris pour un clown maléfique ringard. Et puis, un jour, j’ai écouté Billion Dollar Babies et Killer. Et en fait c’est un clown maléfique ringard et c’est génial.

Alors quand mon Oncle m’a annoncé qu’il se produisait au Cirque Royal, on a sauté sur l’occase.
Et on a pas été déçus.

On pourrait se dire que ça va être craignos, un sexagénère avec une mauvaise teinture, qui fait des grimaces pathétiques, devant un public bedonnant. Ah oui, mais Alice, il a le sens du spectacle. Il sait qu’il est vieux, mais il sait comment te le faire oublier! Avec des canons à confettis, avec des canons à fumée, avec des canons à bulles de savon, avec des flammes et des feux d’artifice!

En raison de cette pléthore d’effets spéciaux, les faits décrits dans ce post sont susceptibles de ne pas correspondre entièrement à la réalité, mais à l’image que je me suis fait de la réalité, étant en choc visuel permanent.

Sur la scène, le regard lugubre d’Alice Cooper sur une énorme toile. Et puis le “tin-tin-tin” de “No More Mister Nice Guy” retenti, la toile tombe, et voilà Alice, ce satané sexagénère, dans son beau costume rayé noir et blanc.
Il enchaîne sur “Under my Wheels” et déjà j’exulte.

Après ça, tout est confus… Les flammes, les confettis, la ballerine mécanique, Alice qui agite des dollars empallés sur une épée au dessus du public, “Billion Dollar Babies”, la guitariste qui n’arrête pas de balancer ses onglets dans le public, “Poison”.
Sur “Feed my Frankenstein”, Alice est attaché sur une machine électrique, pfuiiiiit, fumée, beaucoup de fumée, très beaucoup de fumée, Alice a disparu et un géant de 5 mètres de haut se met à courir derrière une infirmière sexy.

L’infirmière revient avec Alice et lui met une camisole.
Arrive la guillotine, le bourreau, et paf, la tête dans un panier, grosses projections de sang. Le bourreau l’exhibe fièrement. “I love the Dead”

Mais le docteur et l’infirmière sexy vont ramener son corps à la vie, dans un cimetière brumeux, entre les tombes de musiciens célèbres. Alors il enchaîne sur une reprise des Who, de Jimi Hendrix “Fire”, de David Bowie “Sufragette City” et de Mötorhead.

Il termine sur “School’s out” et revient pour “Elected”, coiffé d’un haut de forme, et rejoint par deux marionettes humaines, Donald Trump et Hillary Clinton, qui se tabassent et s’embrassent. Canon à serpentins, feux d’artifices, c’est fini.

Ce qui est sûr, c’est que quand tu mets 40 balles pour ton billet, Alice Cooper investit chaque centime dans son show, plutôt que dans un projet de tour triangulaire avec un oeuf au sommet pour satisfaire l’ambition mégalomaniaque d’un groupe irlandais ayant perdu l’inspiration depuis les années 80.

Si j’avais un gamin, plutôt que de l’emmener au cirque Bouglione, je l’emmènerait au cirque burlesque macabre d’Alice Cooper, ça ne fait aucun doute. C’est le meilleur show de tous les concerts que j’ai pu voir, sans hésitation! A ne pas manquer!!!

Si vous voulez entendre ce que Franck Zappa a à dire sur Alice Cooper :

At the Drive-In @ Ancienne Belgique 01/04/2016

La soirée qui aurait rendu Reno malade!
D’un côté, à l’Ancienne Belgique, At the Drive-In, reformé après 15 ans de séparation.
De l’autre côté, au Botanique, Animal Collective.
Heureusement, étant à Montreal, il n’a pas du faire ce terrible choix, et n’aura vu aucun des deux.
Pour moi, il n’y a eu aucune hésitation 😉

Donc, dans l’épisode précédent, At the Drive-in, au sommet de sa gloire, avec la sortie de Relationship of Command, en 2000, dans la foulée d’une tournée, laissée inachevée, se sépare, en 2001.

15 ans plus tard, me voilà devant l’Ancienne Belgique, avec des attentes irréalistes et l’appréhension de les voir déçues.

Les Butcherettes ouvrent la soirée. Blablabla on s’en fout. Suivant.

Les voilà qui montent sur scène! Omar Rodriguez-Lopez, Cedric Bixler Zavala, le gars qui tape avec des bout de bois sur des caisses, et celui qui joue la guitare à 4 cordes. Jim Ward a décidé en dernière minute de rester à la maison, et est remplacé par cet autre type qui gratte une planche à 6 cordes. Je ne sais pas si c’est pour une histoire de fer à friser ou de poupée vaudou égarée.

Tout de suite, je voudrais casser le suspense. Un concert de At the Drive-In, ça commence avec Arcarsenal et ça termine avec One Armed Scissor. Entre les deux, quasiment tout l’album Relationship of Command, et quelques plus anciens morceaux. Pas de nouveautés, par contre Bixler parle d’un nouvel album. Faut-il le croire? J’aurais tendance à dire non.

Donc tout de suite ça balance fort. A gauche, Rodriguez-Lopez fait aller sa guitare comme un Jimmy Page, au centre, Bixler saute du haut des amplis, s’étrangle avec le cable du micro, se déhanche comme un possédé et direct se jette dans le public.

Ils n’ont rien perdu en énergie et en talent. Faut dire, que c’est pas des Fred Durst qui jouent à Yatzee, sur les chiottes, depuis 10 ans. Mars Volta les a gardé affutés. Peut-être même qu’ils sont plus pros qu’avant, tout en restant sauvages?

Devant, ça saute grave, et les refrains sont repris en coeur. Personellement, je n’ai jamais compris un mot de ce qu’ils criaient.

Un petit mot sur les attentats de Bruxelles. Peace & Unity.

Invalid Litter Dpt et Enfilade. Bixler sort le mélodica.

One Armed Scissor en rappel. “I think you might know this one” qu’il dit!

A part l’absence de Jim Ward et de sa voix de gueulard, il n’y a vraiment rien à redire. Ils jouent tout ce qu’on peut espérer qu’ils jouent et le font à fond la caisse. Ca donne envie de gueuler dans un groupe et d’avoir encore des cheveux. Et tous ceux qui disent le contraire sont des pisse-vinaigre ou des fans de Animal Collective.

OK, je suis un peu de mauvaise fois, mais putain, c’était bon.
Pour comparer avec il y a 15 ans :

Scout Niblett @ Beursschouwburg 12/04/2016

Ca faisait beaucoup trop longtemps que je n’avais plus vu Scout Niblett. Depuis sa calcination en 2010.
Depuis lors, It’s up to Emma a tourné tellement de fois sur mon lecteur MP3, qu’il en est mort.
Je me languissais donc de la revoir, et interpréter les morceaux de It’s up to Emma.

Pour l’occasion, c’est le Beursschouwburg qui l’accueuille, dans sa salle chaleureuse et branchouille.

On ouvre sur Adele Nigro, chanteuse du groupe italien Any Other. Avec son look un peu grunge, toute seule avec sa guitare, un peu timide, mais une voix qui assure bien. Ca aurait plu à Bruno! Et pour moi, ce soir là, ça a bien fonctionné.

Puis arrive Scout. Cheveux courts, seule, détendue.
Elle ouvre sur un morceau que je ne connais pas. Quelque chose avec “it ain’t no Disneyland”.
Puis un “Just do it”, disto à fond la caisse, tapotant sur les cordes. Elle crachote “I’m a doer!” avec rage.

Elle lance un “Any Questions?”. Where is the band? demande quelqu’un. They were fired!
OK Scout.
The calcination of Scout Niblett, My beloved, puis Your last chariot.
Elle tape du pied. Comin’ to get ya, comin’ to get ya! Et termine sur un petit sanglot.


Du coup, elle enchaîne sur Gun et ça fait du bien. La guitare crache de nouveau.
Sale et jouissif.


Encore quelques nouveaux morceaux. Elle annonce un nouvel album pour très bientôt.
Kiss
Elle accorde sa guitare.
What can I do, Meet and Greet…


Pas de rappel
C’est intense et ce matin je l’entendais encore hurler dans mes oreilles : “Oh baby, what can I do”

Crooked Little Vein – Warren Ellis

Il y a plusieurs façons d’entrer en contact avec l’oeuvre d’un artiste : via un article de presse, via l’avis éclairé d’un ami, par le vendeur passionné d’un magasin…

Et parfois, il suffit du hasard d’une homonymie. Comme quand j’achetai le single de Doc Gyneco en 1996, en croyant à un morceau posthume de Nirvana. Sauf que cette fois, ça valait le coup.

Warren Ellis n’est donc pas juste une mauvaise graine, qui suit Nick Cave avec un violon électrique. Il y a aussi l’autre Warren Ellis, connu pour écrire des scénarios de bande dessinée (X-men et je ne sais quoi d’autre). Enfin, il a publié son premier roman, en 2008, Crooked Little Vein, en Français, Artères Souterraines. Et c’est sur ce livre, que je suis tombé par hasard, dans la bibliothèque de Richmond, en Nouvelle Zélande, qui se débarassait de certains ouvrages, pour 1$. J’aime imaginer qu’une vieille enseignante à la retraite, avec un gros pendentif cruciforme, s’est plainte de la présence de ce torchon vulgos, dans les étagères de la bibliothèque publique.

Crooked Little Vein est sans aucun doute le bouquin le plus vulgaire que j’aie lu. Plus vulgaire que Bukowski, de loin, plus vulgaire que le Pabo, plus vulgaire que 10.000 Jean Marie Bigard (on met un ‘s’ à Bigard au pluriel?) dans un suppositoire géant. Dans la veine des “11.000 verges” d’Appolinaire, et ses déchargements à répétition, un étalon en la matière. Et puis, c’est le seul livre qui ait réussi à me faire éclater de rire en le lisant, tellement c’est infâme et jouissif.

Mais de quoi s’agit-il?

Un détective au bout de son slip, chargé de retrouver le véritable original de la Constitution des USA, et ses articles secrets écrits à l’encre invisible. Le document est passé entre les mains de tous les types les plus dérangés du pays, et c’est la piste que va devoir suivre Michael McGill.

Pour un petit aperçu, ça commence comme ça, attention traduction littérale :

“J’ai ouvert les yeux, et j’ai vu un rat qui pissait dans ma tasse de café. C’était un gros batard brun; il avait un corps comme un étron avec des pates, et des yeux noirs plein de sagesse secrète de rat.”

Vous l’aurez compris, il faut impérativement lire ce truc en Anglais. En plus, même si c’est plein de termes argotiques, c’est tellement imagé, que c’est facile à lire et comprendre. Possiblement un livre qui s’apprécie plus en le lisant, un doigt dans le nez, ou en se grattant l’entrejambe (homme ou femme). Ou couché dans une benne à ordures. A vous de voir.

Warren Ellis a également publié un second roman, Gun Machine.

Pour ma part, je compte commencer Transmetropolitan, une série de bande dessinée cyberpunk.

Bonne lecture!

transmetropolitan

Year of the Devil

Vous en avez marre des biopics de chanteurs, qui se ressemblent tous? Vous trouvez qu’on a déjà bien tiré sur la ficelle de l’artiste fragile, qui doit faire face à ses démons, convaincre le monde de son talent malgré l’adversité, tout en conquérant le coeur de celle qu’il aime?

Vous n’avez pas peur des sonorités slaves, car vous êtes curieux, vos canaux auditifs tolèrent les sons inconnus d’une langue avare en voyelles?

Vous trouvez que la moustache, même trop longue, même rousse, même mal soignée, peut avoir des choses à dire?

D’accord, alors parlons un peu de “Rok Dábla” ou “The Year of the Devil”, du réalisateur tchèque Petr Zelenka, sorti en 2002.

Il s’agit d’un documentaire fiction, sur le chanteur folk/rock Jaromir ‘Jarek’ Nohavica, très connu en Tchéquie bien sûr, mais pas trop ailleurs. Jarek se retrouve en clinique pour soigner son alcoolisme et son guitariste Karel, émotionnellement perturbé, ne parvient plus à parler. En sortant de cure, Jarek part en tournée avec le groupe Cechomor.

Fantaisiste, le film commence sur des témoignages d’autocombustion, se poursuit avec des phobies loufoques, des débats sur le port du slip, des réflections poétiques sur les mélodies qui émanent des personnes, des apparitions mystiques, le tout entrecoupé de séquences du groupe sur scène, et de visites de Jaz Coleman, chanteur de Killing Joke.

La chanson “Kdo na moje misto” particulièrement me reste dans l’oreille, avec sa rangaine puissante ‘tak malo mam krve’, scandée avec la voie erraillée d’un Renaud Séchan en fin de carrière.

Extrait du film :

Il y a aussi “Kometa”, dont le texte est superbe (sous titré dans le film, mais pas dans l’extrait ci-dessous)

Le résultat est un film libre, très touchant, amusant, carrément drôle, fantaisite, qui nous fait découvrir un excellent artiste. Et puis c’est l’occasion de découvrir Petr Zelenka, également réalisateur de l’excellent “Buttoners”.

A vos magnétoscopes!

Le film sous titré est aussi disponible gratitement, sur le tube, en 10 parties :

The Good Times Kid

DiazDance2

J’ai très très envie de vous parler d’un de mes films préféré du cinéma récent, un film injustement noté de façon très moyenne sur la base de données internet du film ou sur les tomates pourries.

Ce film je l’aime, pour l’apparente simplicité de son scénario, pour l’économie de dialogues, pour son côté nouvelle vague dans la liberté de tourner, pour la liberté qui est laissée au spectateur de l’interprêter, pour son enthousiasme, pour son esthétique punk, pour son alternance dramatique et comique, pour son budget inexistant…

The Good Times Kid est un film du réalisateur Azazel Jacobs, sorti en 2005.

Il est très simplement décrit comme suit : A story about stolen love and stolen identities, shot on stolen film.

Rodolfo Cano s’est enrolé dans l’armée sur un coup de tête, mais c’est un autre Rodolfo Cano qui reçoit la convocation. Celui-ci s’y rend et rencontre le premier Rodolfo, qu’il suit jusque chez lui. Là, il rencontre Diaz, la copine de Rodolfo.

Ca, c’est le point de départ.

Et dans les faits, il ne se passe pas grand chose d’autre. Il ne se dit pas grand chose non plus, d’ailleurs. Et en écrivant ça, je suicide mon article. Mais j’espère pouvoir le résusciter avec l’extrait ci-dessous :

Bah oui, parce qu’il y a beaucoup de scènes merveilleuses comme celle-là, où il ne se dit rien, mais où il se passe tant de choses, à l’intérieur des personnages. Ce film, je peux même l’imaginer muet, avec Charlie Chaplin et Paulette Godard.

Il y a la scène allumée de la bagarre dans le bar, la scène des lampes de poches sur le bateau, ou la scène finale statique, sur “Damaged Goods” de Gang of Four qui tourne sur la platine, temps de réflection pour les personnages et pour le spectateur. Une fin ouverte, mais aussi un début ouvert, un milieu ouvert. Sans le spectateur, il n’y a pas de film.

“Your kiss so sweet, your sweat so sour!”

Coté budget, il est tourné sur des chutes de film, récupérées de grosses productions. Les acteurs sont le réalisateur lui-même, sa copine, et son pote/co-auteur du film. Tout le reste, c’est du travail et de l’enthousiasme.

C’est super inspirant!

Pour ma part, je l’ai déjà vu 5 fois, et je ne m’en lasse jamais. Il dure à peine 1h15, donc on peut le regarder 19 fois dans une journée.

En bonus, voilà un court métrage d’Azazel Jacobs :

Top 2015 – Johnny

Pas facile de faire un top 2015, parce que j’ai passé la plupart du temps à écouter vos recommandations de 2014…
Entre autres, Protomartyr, Jorge Ben, Ought, Fat White Family, Alvvays.

Ablaye Cissoko & Volker Goetze – Amanké Dionti
Un joueur de Chora sénégalais dans sa djelaba et un trompettiste allemand dans son costume à carreaux, unis dans des mélodies tellement douces, qu’on a envie de serrer dans ses bras, la grosse de la compta ou même la connasse des RH. Découvert grâce à Marjorie, au centre culturel de Woluwe, parmi un public de toisons grises, bien accrochés à leurs béquilles.

Benjamin Clementine, une sorte de compile de ses premiers EP
Un lunatique pieds nus, habité par Nina Simone. Un concert plein d’émotion, malgré un public de festival. Maurice ne sera pas d’accord avec moi, trouvant qu’il en fait trop avec sa voix. Ecoutez aussi “Edmonton” et “Condolence”.

Kayhan Kalhor


Un joueur de Kemence (sorte de violon) iranien. Je l’aime autant pour sa musique que pour sa moustache et sa voix plaintive. Découvert lors d’un concert de musique turque Europalia, à l’Espace Senghor.

Courtney Barnett – Sometimes I sit and think, and sometimes I just sit
Ca c’est piqué à Matthieu Billen, toujours à l’affut de petites gonzesses qui chantent, en grattant des guitares pourries. Les textes sont amusants, même ‘Depreston’. J’adore quand elle place origami dans ‘Pedestrian at best’, ou quand elle chante son aprem à la piscine dans ‘Aqua Profunda’.

Ryley Walker – Primrose Green

Un guitariste d’enfer (d’après les spécialistes, parce que moi j’en sais foutre rien), entre folk et jazz, pour les fans de Tim Buckley, mais pas seulement. J’ai vu quelques morceaux d’interviews et il avait l’air un peu demeuré. Il avait l’air d’aimer la guitare comme Forest Gump aime le ping pong… Mais qu’importe, ses morceaux sont hypnotiques et c’est un de mes concerts de l’année, dans l’ambiance mystique des Feeerieen.

Kurt Vile & the Violators – B’lieve I’m goin down

A la première écoute je suis toujours déçu, et puis au fil des écoutes, ça devient le meilleur album du monde, je dois l’écouter tous les jours, complètement envouté.

The Lemonheads – Car Button Cloth

Evan Dando nous a donné un des meilleurs concert de cette année, où il enchainait les morceaux en reprennant à peine sa respiration pendant 2h30, à toute allure.

Ceci a réveillé ma curiosité pour les têtes de citrons que j’ai toujours trouvé du mauvais côté de la frontière avec la ringardise…

Heureusement il y a Car Button Cloth, un album à l’écoute, certes facile, mais complètement addictif.

Anouar Brahem – Souvenance

Le maître tunisien. On se laisse emporter par la musique, dans des paysages réels ou imaginés. Sublime.

Broeder Dieleman

Pour ceux qui sont en manque de sonorités bataves, le grand Hollandais régale nos oreilles de ses mélodies chantées en Néérlandais. Terriblement dramatique!

Harry Smith’s Anthology of American Folk Music


Comme son nom l’indique, une compile (8 disques), de vieux folk américain. Pour être honnête, je n’ai pas encore tout écouté 🙂 Mais il y a de très belles choses. J’adore le Français cajun de Didier Hebert sur “I woke up one morning in May”, tellement triste; ou Bascam Lamar Lunsford sur “I wish I was a mole in the ground” qui me rappelle les banjo stories de Beck. “Le vieux soulard et sa femme” m’éclate aussi.