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Sliding Flora

Avez-vous 12 minutes 32 secondes devant vous?
Alors, il faut que vous rencontriez Flora. Shibolet en Hébreu.
Shibolet exerce sa maladresse en tant que serveuse en tobogan, dans un café israélien.

C’est un adorable petit désastre qui fait tout de travers et ment de façon si jolie.
Coup de foudre garanti.
Shibolet…

Bonne expérience audiovisuelle à tous

Crooked Little Vein – Warren Ellis

Il y a plusieurs façons d’entrer en contact avec l’oeuvre d’un artiste : via un article de presse, via l’avis éclairé d’un ami, par le vendeur passionné d’un magasin…

Et parfois, il suffit du hasard d’une homonymie. Comme quand j’achetai le single de Doc Gyneco en 1996, en croyant à un morceau posthume de Nirvana. Sauf que cette fois, ça valait le coup.

Warren Ellis n’est donc pas juste une mauvaise graine, qui suit Nick Cave avec un violon électrique. Il y a aussi l’autre Warren Ellis, connu pour écrire des scénarios de bande dessinée (X-men et je ne sais quoi d’autre). Enfin, il a publié son premier roman, en 2008, Crooked Little Vein, en Français, Artères Souterraines. Et c’est sur ce livre, que je suis tombé par hasard, dans la bibliothèque de Richmond, en Nouvelle Zélande, qui se débarassait de certains ouvrages, pour 1$. J’aime imaginer qu’une vieille enseignante à la retraite, avec un gros pendentif cruciforme, s’est plainte de la présence de ce torchon vulgos, dans les étagères de la bibliothèque publique.

Crooked Little Vein est sans aucun doute le bouquin le plus vulgaire que j’aie lu. Plus vulgaire que Bukowski, de loin, plus vulgaire que le Pabo, plus vulgaire que 10.000 Jean Marie Bigard (on met un ‘s’ à Bigard au pluriel?) dans un suppositoire géant. Dans la veine des “11.000 verges” d’Appolinaire, et ses déchargements à répétition, un étalon en la matière. Et puis, c’est le seul livre qui ait réussi à me faire éclater de rire en le lisant, tellement c’est infâme et jouissif.

Mais de quoi s’agit-il?

Un détective au bout de son slip, chargé de retrouver le véritable original de la Constitution des USA, et ses articles secrets écrits à l’encre invisible. Le document est passé entre les mains de tous les types les plus dérangés du pays, et c’est la piste que va devoir suivre Michael McGill.

Pour un petit aperçu, ça commence comme ça, attention traduction littérale :

“J’ai ouvert les yeux, et j’ai vu un rat qui pissait dans ma tasse de café. C’était un gros batard brun; il avait un corps comme un étron avec des pates, et des yeux noirs plein de sagesse secrète de rat.”

Vous l’aurez compris, il faut impérativement lire ce truc en Anglais. En plus, même si c’est plein de termes argotiques, c’est tellement imagé, que c’est facile à lire et comprendre. Possiblement un livre qui s’apprécie plus en le lisant, un doigt dans le nez, ou en se grattant l’entrejambe (homme ou femme). Ou couché dans une benne à ordures. A vous de voir.

Warren Ellis a également publié un second roman, Gun Machine.

Pour ma part, je compte commencer Transmetropolitan, une série de bande dessinée cyberpunk.

Bonne lecture!

transmetropolitan

Chuck Norris vs Communism

Dans les années 1980, Domnula Irina Nistor, traductrice à la télévision d’Etat sous Ceausescu, traduit illégalement environ 3000 films occidentaux… dont pas mal de navets.
A Bucarest, les Roumains développèrent une addiction aux nanards made in USA traduits par Irina Nistor.

Salut à toi ami cinéphile. Bientôt dimanche soir. Il neige (en Belgique). Et tu préfères ne pas penser à demain matin. Alors, je te recommande de voir “Chuck Norris vs Communism”, film documentaire réalisé en 2014 par Ilinca Calugareanu. Produit par HBO Europe, Arte, etc… et sélectionné à Sundance.

Nous sommes au milieu des années 1980 à Bucarest et le régime de Ceausescu développe des tendances paranoïaques aigües. La “Securitate” est partout et contrôle tout… ou presque.

Irina Nistor travaille pour le comité de la censure à la télévision d’Etat. Son job, visionner des films et en traduire les morceaux jugés suffisamment dépourvus d’images impérialistes de richesse et d’individualité. Jusqu’au jour où un collègue la met en contact avec un type qui introduit illégalement des VHS en Roumanie. Il compte en faire un business (il deviendra un des hommes les plus riche du pays) mais il a besoin d’une traductrice afin de pouvoir écouler sa marchandise. Entre 1983 et 1989 (année de la révolution), Nistor traduira quelques 3000 films. Elle a pas chômé la ptite! Le top du top c’est que, comme dans beaucoup de pays communistes, les traductions se font par deçu la bande originale… et qu’une seule personne se charge de doubler tous les dialogues.

Un aperçu du programme: Alien, Terminator, Pretty Woman, Top Gun, Bloodsport et autres films de JCVD, Rocky, Back to The Future, Taxi, Beverly Hills Cop, Fist of Furry et… Missing in Action avec ce bon vieux Chuck. Pas de mention de Steven Seagal. Sans doute pour ne pas mélanger les serviettes et les torchons !?

Plutôt charmante l’idée qu’un trafiquant, une traductrice et un paquet de navets hollywoodiens puissent faire vaciller une dictature vieille de plus de vingt ans.

A vos magnétoscopes !

Et n’oubliez pas de rembobiner la cassette quand vous avez fini. Merci de penser au suivant.

NB: Récemment diffusé aux States sur PBS

Trailer http://www.chucknorrisvscommunism.co.uk/

Sundance Institute http://www.sundance.org/projects/chuck-norris-vs-communism

PBS Independent Lens http://www.pbs.org/independentlens/films/chuck-norris-vs-communism/

Year of the Devil

Vous en avez marre des biopics de chanteurs, qui se ressemblent tous? Vous trouvez qu’on a déjà bien tiré sur la ficelle de l’artiste fragile, qui doit faire face à ses démons, convaincre le monde de son talent malgré l’adversité, tout en conquérant le coeur de celle qu’il aime?

Vous n’avez pas peur des sonorités slaves, car vous êtes curieux, vos canaux auditifs tolèrent les sons inconnus d’une langue avare en voyelles?

Vous trouvez que la moustache, même trop longue, même rousse, même mal soignée, peut avoir des choses à dire?

D’accord, alors parlons un peu de “Rok Dábla” ou “The Year of the Devil”, du réalisateur tchèque Petr Zelenka, sorti en 2002.

Il s’agit d’un documentaire fiction, sur le chanteur folk/rock Jaromir ‘Jarek’ Nohavica, très connu en Tchéquie bien sûr, mais pas trop ailleurs. Jarek se retrouve en clinique pour soigner son alcoolisme et son guitariste Karel, émotionnellement perturbé, ne parvient plus à parler. En sortant de cure, Jarek part en tournée avec le groupe Cechomor.

Fantaisiste, le film commence sur des témoignages d’autocombustion, se poursuit avec des phobies loufoques, des débats sur le port du slip, des réflections poétiques sur les mélodies qui émanent des personnes, des apparitions mystiques, le tout entrecoupé de séquences du groupe sur scène, et de visites de Jaz Coleman, chanteur de Killing Joke.

La chanson “Kdo na moje misto” particulièrement me reste dans l’oreille, avec sa rangaine puissante ‘tak malo mam krve’, scandée avec la voie erraillée d’un Renaud Séchan en fin de carrière.

Extrait du film :

Il y a aussi “Kometa”, dont le texte est superbe (sous titré dans le film, mais pas dans l’extrait ci-dessous)

Le résultat est un film libre, très touchant, amusant, carrément drôle, fantaisite, qui nous fait découvrir un excellent artiste. Et puis c’est l’occasion de découvrir Petr Zelenka, également réalisateur de l’excellent “Buttoners”.

A vos magnétoscopes!

Le film sous titré est aussi disponible gratitement, sur le tube, en 10 parties :

The Good Times Kid

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J’ai très très envie de vous parler d’un de mes films préféré du cinéma récent, un film injustement noté de façon très moyenne sur la base de données internet du film ou sur les tomates pourries.

Ce film je l’aime, pour l’apparente simplicité de son scénario, pour l’économie de dialogues, pour son côté nouvelle vague dans la liberté de tourner, pour la liberté qui est laissée au spectateur de l’interprêter, pour son enthousiasme, pour son esthétique punk, pour son alternance dramatique et comique, pour son budget inexistant…

The Good Times Kid est un film du réalisateur Azazel Jacobs, sorti en 2005.

Il est très simplement décrit comme suit : A story about stolen love and stolen identities, shot on stolen film.

Rodolfo Cano s’est enrolé dans l’armée sur un coup de tête, mais c’est un autre Rodolfo Cano qui reçoit la convocation. Celui-ci s’y rend et rencontre le premier Rodolfo, qu’il suit jusque chez lui. Là, il rencontre Diaz, la copine de Rodolfo.

Ca, c’est le point de départ.

Et dans les faits, il ne se passe pas grand chose d’autre. Il ne se dit pas grand chose non plus, d’ailleurs. Et en écrivant ça, je suicide mon article. Mais j’espère pouvoir le résusciter avec l’extrait ci-dessous :

Bah oui, parce qu’il y a beaucoup de scènes merveilleuses comme celle-là, où il ne se dit rien, mais où il se passe tant de choses, à l’intérieur des personnages. Ce film, je peux même l’imaginer muet, avec Charlie Chaplin et Paulette Godard.

Il y a la scène allumée de la bagarre dans le bar, la scène des lampes de poches sur le bateau, ou la scène finale statique, sur “Damaged Goods” de Gang of Four qui tourne sur la platine, temps de réflection pour les personnages et pour le spectateur. Une fin ouverte, mais aussi un début ouvert, un milieu ouvert. Sans le spectateur, il n’y a pas de film.

“Your kiss so sweet, your sweat so sour!”

Coté budget, il est tourné sur des chutes de film, récupérées de grosses productions. Les acteurs sont le réalisateur lui-même, sa copine, et son pote/co-auteur du film. Tout le reste, c’est du travail et de l’enthousiasme.

C’est super inspirant!

Pour ma part, je l’ai déjà vu 5 fois, et je ne m’en lasse jamais. Il dure à peine 1h15, donc on peut le regarder 19 fois dans une journée.

En bonus, voilà un court métrage d’Azazel Jacobs :